Regards croisés autour de la vulnérabilité

Je propose de vous présenter un auteur et son approche par trimestre. J’ai choisi Robert Castel[1], Serge Paugam et Vincent De Gaulejacques. Tous posent un postulat sur la notion de précarité, et le processus de marginalisation. Ces différents axes d’approche nous donnent trois regards pertinents.

Le premier auteur parle de Désaffiliation, le second de Disqualification sociale, et le dernier de la Désinsertion.

Robert Castel écrit sur la Désaffiliation. Elle s’installera en 4 phases et selon deux 2 axes :

 

Schéma_Castel

 

L’implication de ce modèle est que l’on peut à tout moment passer de la zone d’intégration à la zone de vulnérabilité, les frontières étant perméables. La désaffiliation s’alimente dans les zones de vulnérabilités.

Repartons de l’Histoire : au 18ème siècle, le travailleur devient libre mais n’est plus protégé. Au 19ème siècle apparaissent les droits sociaux. Dans les années 1970/80, malgré les 30 Glorieuses et les droits sociaux, la pauvreté persiste : ces pauvres sont les nouvelles figures de la précarité !

Par la suite, on assiste à un démantèlement de l’Etat providence. On passe alors de l’assistance à la vulnérabilité. Ces personnes vulnérables vont basculer dans la désaffiliation. On voit une fracture de la zone d’intégration due aux différents changements. La zone relationnelle se fracture également.

L’apparition du chômage, des CDD, des intérims et autres stages font émerger des problèmes sociaux, et touchent le noyau dur de la masse salariale (même diplômée). L’optique de choix individualisé se précise. La classe moyenne se voit donc déséquilibrée, les riches moins touchés et les pauvres très touchés. La classe moyenne est donc la plus concernée.

L’appel à certaines formes d’assistance se développe. Il y a bien entendu un impact sur l’axe des relations sociales et la réinsertion relationnelle, ainsi que sur l’axe des relations individuelles : la vie de famille, et l’insertion culturelle au sens large. Le collectif perd du terrain et l’éclatement de l’environnement social se fait.

Pour conclure : les changements de la configuration sociale (DUBET) ont provoqué une dissociation entre les deux axes (mère célibataire avec enfant par exemple).

Robert Castel ne fait pas l’analyse de l’Etat, mais davantage du processus dans lequel nous sommes entrés. Il met aussi en avant que l’individu peut passer d’un modèle à l’autre, et que les zones de vulnérabilité sont croissantes.

Il ouvre également quelques perspectives :

D’un point de vue politique, la politique sociale est à dominante préventive, et il faudrait travailler davantage sur les zones de vulnérabilité. Elle est également à dominante réparatrice pour ceux qui se trouvent déjà dans la zone de désaffiliation.

Robert Castel analyse également ce sentiment d’insécurité. Pour lui il faut prendre en compte 2 mécanismes: l’érosion du collectif et la perte du leadership (l’Etat nation). L’individualisme gagne du terrain, et le désarroi collectif amène à un discours sécuritaire (on vote FN car il faut bien identifier un ennemi).

 

[1] Robert Castel, L’insécurité sociale, Le Seuil, 2003.

 

Par Virginie Desmet