Raphaël Liogier : les populismes et l’allocation universelle

En 2013, Raphaël Liogier était l’un des conférenciers pour notre colloque « Entre ombre et lumière : les addictions ». Il revient en janvier 2017, alors que notre thématique sera « Utopies, Spiritualités, Nouvelles Croyances, Populismes: les dernières possibilités de rêver ? ». L’occasion de parler un peu de lui…

Raphaël Liogier, né en 1967, est sociologue et philosophe. Professeur des universités à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, il y dirige depuis 2006 l’Observatoire du religieux. Il est également diplômé en philosophie de l’université d’Édimbourg et de l’université de Provence. Il enseigne à Paris au Collège international de philosophie. Il a entre autres travaillé sur les religions, le bouddhisme, l’islam, la laïcité, les sectes, le populisme et le travail.

Dernièrement, la RTBF a publié un article (www.rtbf.be/info/dossier/election-presidentielle-americaine-la-course-est-lancee/detail_raphael-liogier-sociologue-donald-trump-a-gagne-car-les-autres-n-ont-rien-a-proposer?id=9451936) dans lequel Liogier explique brièvement l’élection de Trump, et à travers cela le succès des populismes – un des thèmes de notre colloque de cette année, donc.

D’après lui, le système économique actuel – ultra-capitaliste et libéraliste – n’est plus conforme à la réalité, et beaucoup de gens se sentent perdus, largués : chômage, pauvreté, sentiment d’insécurité, etc. grandissent. Face à cela, les politiques ne proposent rien (ou pas grand-chose) de constructif, du coup ce sont les populismes et les idées par la négative (anti-profiteurs, anti-immigrés, anti-etc., au lieu de pro-) qui sont les seuls à proposer, et donc à plaire au « peuple », insécurisé par l’avenir. Donald Trump en fait partie : son programme est totalement vide, mais en étant anti-toute une série de choses, les gens se sentent presque entendus.

Liogier prône alors l’allocation universelle, qui modifierait le rapport à la société dans l’absolu, et qui permettrait de répondre à ces angoisses humaines…

« Cela changerait tout dans la société, cela rendrait beaucoup plus désirable d’exister, d’être actif avec tous les revenus complémentaires possibles qui pourraient exister. Ce serait ce qui a été décrit par certains économistes comme la pleine activité. Mais cela ne peut pas fonctionner si on n’a pas en même temps une transformation fiscale, et une transformation de notre rapport au social. Aujourd’hui, tout est fondé sur le travail, même le social est lié au travail. Mais comme il y a de moins en moins de travail, il y a de moins en moins de contributeurs, mais de plus en plus de demandeurs. Du coup, le système s’effondre. Il faut sortir de cette logique négative de la faillite alors que sur le fond, on produit de plus en plus grâce aux machines, la productivité s’accroît sans nécessite du travail. En réalité, c’est un bien, mais comme on ne sait pas le gérer, c’est une catastrophe. Donc il faut tout changer, c’est ça que je propose. »

 

Par Lydie De Backer