Quand la guerre et la drogue s’allient

Le mardi 6 septembre, sur La Première (radio publique belge), l’invité de l’émission « Un jour dans l’Histoire » de Laurent de Hossay était Hugues Wenkin, historien belge, auteur des livres Eben-Emael, l’autre vérité et Rommel. En pointe du Blitzkrieg, de l’Ardenne à la Manche aux éditions Weyrich. Il est venu y parler de la Pervitine (appelée Pervitin en Belgique), drogue utilisée par les soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, spécialement pendant les guerres éclairs. Émission très intéressante, qui fait réfléchir !

La Pervitine est un type de métamphétamine créée par un laboratoire allemand dans les années 1930, destinée initialement aux civils. Baptisée « pilule du bonheur » ou « chocolat énergisant », elle avait comme symptôme « positif » de diminuer l’appétit et la fatigue, de stimuler et doper les performances physiques, et de booster le moral et la motivation. Dès le début de la guerre, elle est donnée aux soldats, aviateurs, conducteurs de chars et commandos. Cette drogue de guerre aurait participé grandement à l’efficacité des blitzkriegs (guerres éclair). En effet, les soldats allemands étaient six fois plus opérationnels en déplacement que les Français. Un peu comme si, lors d’une partie d’échecs, on pouvait jouer cinq coups à chaque tour, contre un seul chez notre adversaire.

Utilisée sans aucune précaution, associée même souvent au Schnaps, la Pervitine créait une grande dépendance et de nombreux effets secondaires. Les soldats étaient reconnaissables à leur dégradation physique, le manque de sommeil et de nourriture créait beaucoup d’hallucinations et de folie, et le manque a engendré un grand taux de suicide. Tant et si bien que la vente en fut interdite au public en 1941, mais les généraux allemands, tels Rommel ou Hitler, refusèrent d’en arrêter l’utilisation militaire, eux-mêmes grands consommateurs de drogues.

On ignore les chiffres exacts de la consommation de Pervitine. Dans les rapports de guerre allemands, elle n’était pas mentionnée, ou bien les preuves ont été détruites par les alliés à la fin de la guerre, ou encore classées ‘top secret’ par les Américains. Selon certaines sources, 35 millions de boîtes auraient été vendues en Europe entre la fin des années 1930 et la fin de la guerre. Winston Churchill aurait été le premier à parler de la consommation de drogues par les armées pendant les guerres, et les langues se délient lentement, les dossiers se « dé-topsecrètisent » au fur et à mesure des décennies, mais on est loin d’avoir des sources, preuves et chiffres tangibles.

Comme quoi, la stigmatisation ou le jugement se font essentiellement en fonction du contexte, puisqu’à l’époque la métamphétamine était non seulement en vente libre, mais aussi prônée par le gouvernement, parfois même donnée de force, comme dans ce cas de guerre. Le fait que l’utilisation de drogues, d’alcool (même chez les enfants) était plutôt banale dans d’autres circonstances, le fait qu’on en parle de plus en plus, le fait que ça soit tout-à-fait accepté et toléré dans ces cadres-là, peut-être que cela aura un effet positif sur le regard qu’on porte sur l’addiction aujourd’hui.. ?

Pour écouter l’émission : https://www.rtbf.be/auvio/detail_un-jour-dans-l-histoire?id=2139224

Ou regarder un documentaire diffusé par la RTBF sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=bP53DMWWhuk

 

Par Lydie De Backer