Petit retour/bilan de notre colloque

Comme chaque année, dans le cadre de notre convention de collaboration avec le LAAP (laboratoire d’anthropologie de l’UCL), nous avons animé le colloque international annuel de deux jours à la fin de ce mois de janvier.

La question fondamentale de ce colloque était bien  d’explorer le « croire » et  le « rêver » contemporains et en particulier son expression chez nos patients « addicts »….

La rencontres quotidiennes avec nos patients, que ce soit en médecine générale ou lors des consultations dites psycho sociales, nous permettent rarement d’être réellement en contact avec les représentions les plus intimes de nos patients quant à leurs maladies et leurs problèmes de santé.  Souvent  bien rodés à la mise en évidence de ce qui va nous aider à poser un diagnostic et donc à traiter ou à orienter, nous restons sourds à ce qui peut apparaitre dans l’entretien d’une représentation plus intime, culturelle ou personnelle, qui appartiendrait au patient plus spécifiquement.

Comme référence l’anthropologue français Laplantine, dans son ouvrage « Anthropologie de la maladie », nous avait déjà donné un vaste catalogue non exhaustif de ce qui s’attache pour chacun de nous à l’idée de maladie.  Depuis la punition pour une distraction (je suis sorti sans mon pull, et donc j’ai attrapé un rhume) à la punition pour un comportement dangereux (j’ai trop bu, donc j’ai la cirrhose….), en passant par le mauvais œil d’un voisine envieuse ou la pure malchance d’un mauvais « terrain » hérité d’un mauvais parent, on y trouve une passionnante réflexion sur le rapport au corps de chacun d’entre nous, si semblable quant au fond à celui de nos patients.

Il est rare que toute cette efflorescence de liens, fondamentalement présente et soutenant le patient dans son approche personnelle et sa manière de traverser sa maladie ne soit pas tenue secrète.  Le colloque nous a donné l’occasion d’explorer les manifestions de ces croyances, de ces pensées parfois magiques, qui structurent le rapport au corps de nos patients et dont la connaissance peut nous permettre de comprendre le peu de cas qu’ils font de leur santé.

Parmi toutes ces manifestions de religions diverses, de croyances et de rêves, j’épinglerai pour cette fois ce qui m’a personnellement le plus interpellée, à savoir cette particularité étonnante des humains qui est de créer de la culture,  du mythe et du rite en toutes circonstances. Au cours du colloque j’ai réalisé qu’une lecture tant de l’addiction que de nombre de pathologies mais aussi de mouvements politiques tels les populismes, peut se faire à travers la disparition des grands mythes fondateurs de nos sociétés, et des grandes religions qui lui ont servi de piliers pendant des siècles.

Dans un article précédent, je soulignais la disparition de la visibilité des religions dans l’espace public, et l’anxiété que génère chez certains leur réapparition (peut être une angoisse bien compréhensible…) sous la forme de signes religieux de plus en plus apparents, et je posais la question de ce que deviennent les Dieux et les rites après qu’ils aient été détruits par cette nouvelle religion qu’est la vérité scientifique?

Le colloque nous en a montré une réapparition particulièrement impressionnante via les réseaux sociaux mais tout particulièrement via les jeux en ligne,  où l’on voit se construire au sein de ligues de jeux ce qu’on peut carrément nommer comme des nouvelles ritualisations autour des grands évènements de la vie, initiations, mariages, deuils mais aussi références à des ancêtres glorieux, à un passé riche de savoirs et d’équilibre…. En quelque sorte des nouvelles religions, mais surtout de nouveaux mythes et de nouveaux rites sauvages mais étonnants par la proximité qu’ils ont avec les rites connus dans les sociétés primitives.

Une fois de plus une rencontre fascinante avec la créativité de l’humanité, souvent pour le pire, mais là surtout pour le meilleur.

 

Par Claire Remy