La formation: une mission impossible?

Dans les fondamentaux du RAT, il y a toujours eu le souhait de diffuser au maximum une formation basique à l’accueil des usagers de drogues, dont l’objectif est avant tout d’ « effacer » les préjugés et les  idées reçues, tant en matière d’addiction en général, qu’à l’égard des usagers de drogues qui recourent à l’aide de première ligne.

Les préjugés qui les accompagnent ont en effet la peau dure et sont tenaces.

Mais il serait faux de dire que le RAT n’a pas participé largement, tant par les formations qu’il a diffusées que par les colloques, à la modification assez fondamentale de ces dernières années dans la « vision » des drogues et de leurs usagers.

Mais si la première étape, qui a vu se transformer l’usager de drogue de délinquant en malade, est « derrière » nous, le travail est loin d’être achevé, qui doit nous mener à considérer l’addiction comme une modalité de défense « normale » de l’être humain en situation de détresse psychique, que celle-ci soit ou non accompagnée de détresse concrète et identifiable.

Si c’est bien cet objectif qui reste celui de toutes nos formations, le passage au concret nous amène bien sûr à souvent devoir « adapter » nos programmes, en particulier le travail vers les médecins généralistes, dont je vais rendre compte ci-dessous.

En février dernier, le RAT a été invité par les étudiants de dernière année de médecine de l’ULB à participer au Med-G-Day, une journée de valorisation de la médecine générale et d’information de tous les étudiants de la faculté sur les possibilités qu’offre la profession.

C’était l’occasion pour nous de mettre en avant la spécificité de notre travail d’accueil de patients dépendants en médecine générale, et de peut-être donner l’envie à certains étudiants d’assurer la relève au Réseau.

C’est donc une délégation de deux travailleurs du RAT, de deux médecins d’Anderlecht, et de Claire qui s’est rendue sur le campus d’Erasme pour prendre place au stand qui lui était réservé.

Nous y avons rencontré des étudiants curieux, intéressés, mais comme nous nous y attendions, le contexte se prêtait difficilement à des échanges très élaborés. Nous avons pu malgré tout récolter les coordonnées d’une dizaine d’entre eux, intéressés par nos activités, une rencontre avec des MG du Réseau, et des formations.

Par ailleurs, certains de ces étudiants bénéficièrent le lendemain de la première séance du module 2016 de formation sur le campus, co-organisé par le RAT, le Projet Lama et la MASS Bxl.

Depuis maintenant quatre années, nous avons en effet pu, grâce à l’aide de certains de nos membres, pénétrer le cursus universitaire de l’ULB en médecine générale en y prestant 12 heures de cours dans le cadre des heures obligatoires. Ces deux dernières années, la fréquentation du module était très importante, la quasi-totalité des étudiants en MG (entre 30 et 40) y participant.

Le contenu  des heures de cours est un classique pour ceux d’entre vous qui connaissent les formations du RAT. Il va de la description détaillée des produits, usages, dangers, risques et biochimie, à la description des usagers tant via les notions de culture et de commercialisation que les vignettes cliniques qui soutiennent l’entrée en contact thérapeutique. Il se clôt sur la description de tout ce qui peut soutenir le MG dans son travail, en insistant bien entendu sur l’intérêt qu’il y a à prendre ces patients en charge et à ne les référer que lorsqu’ils sont trop peu intégrables dans une patientèle de MG.

Pour ce faire, nous nous sommes associés au Projet Lama et à la MASS de Bruxelles afin de construire un module plus performant, relativement analogue à celui qui est organisé par les plannings familiaux.

Le cursus complet que nous avons organisé contient donc, outre les douze heures de cours citées plus haut, une possibilité de stage dans l’une de ces deux institutions, soit lors d’un stage étudiant, soit une possibilité d’y prester une demi-journée par semaine lors d’un assistanat (avec évidemment l’accord du maître de stage). Bien sûr il n’y a que peu de places disponibles, mais malgré cela il reste toujours possible d’en organiser.

Les retours des étudiants sont intéressants.  Il apparait évident à la lecture de ce programme qu’il ne suffit pas pour se sentir assez solide et prendre en charge des patients complexes, et ne dispense pas  du travail patient, accompagné par une équipe et un lieu de supervision, mais néanmoins il nous semble prometteur: lors d’une enquête réalisée l’année dernière, bon nombre d’étudiants admettaient avoir changé leur regard sur les usagers de drogues après les heures de cours, et ceci était encore plus net pour ceux qui avaient participé à un stage ou fréquenté une institution de soin lors d’un assistanat.

Nous espérons que ce nouveau regard des jeunes confrères, qui seront le relais demain, pourra permettre que se maintienne l’offre de suivi d’usagers de drogues en médecine générale qui est notre raison d’être et notre objectif principal depuis plus de 20 ans.

 

Par Claire Rémy & Alexandra Al Haffar