Du smartphone au dumbphone

C’est pratique, un smartphone. Du bout des doigts, on touche le monde en effleurant son écran. On ne loupe plus rien. Plus la moindre actualité, plus un seul mail ou notification ne tarde à nous parvenir et pour s’en assurer, on le regarde souvent. Puis c’est divertissant (et tellement pratique!), cette pléthore d’applications et de jeux. On y met sa musique aussi. On ne se perd plus jamais, du moins plus très longtemps, grâce au GPS (ou à Google Maps). Vraiment, quelle invention formidable ce smartphone ! Quel « couteau suisse » technologique ! C’est probablement la raison pour laquelle tant de gens en possèdent. Il suffit de regarder autour de soi, dans la rue, les transports, même en société, entre amis ou encore en couple pour s’apercevoir de l’omniprésence de ces « petits » écrans tactiles.

Tous connectés, mais chacun dans sa bulle.

Du coup on le dégaine à la moindre occasion, on s’y plonge dès que possible pour profiter de parenthèses virtuelles qui rompent avec la morne réalité. On ne laisse plus notre cerveau s’ennuyer. On ne permet plus à notre esprit de vagabonder seul. On ne découvre plus, au détour d’une rue inconnue, une placette ou un parc, et on ne demande plus son chemin à des étrangers. On ne regarde plus l’horizon ni le ciel, on baisse la tête constamment en enfuyant nos yeux dans des pixels.

Joli constat, mais que faire ?

Il serait compliqué de s’en passer totalement. Il est tellement présent. Réaliser l’espace qu’il occupe dans son quotidien peut être effrayant. Mais on peut également le remettre à sa place : finalement rien de plus qu’un objet, qu’on emporte avec soi et qui nous attire à lui. Un peu comme des cigarettes. On peut se rappeler de la fonction initiale de l’objet -téléphoner, envoyer des SMS- et se séparer du superflu. Troquer son super smartphone pour un dumbphone (néologisme apparu en opposition au terme smartphone, désignant ce qui longtemps était simplement appelé GSM). Faire l’effort de renouer avec l’ennui et l’errance, qui peuvent être tellement salutaires pour notre cerveau sur-stimulé. Mais c’est prendre le risque de se déconnecter. Et les risques font toujours un peu peur. À l’instar de l’ex-fumeur qui est souvent débecté par celui qui fume encore, une fois passé de « l’autre côté », voir ses pairs plongés dans leurs smartphones provoquera peut-être un mélange de dégoût et de pitié.

Et vous serez heureux de ne plus être accros.

 

Par Bryce Vandystadt