Du groupe 1 au groupe UN

Notre dernière AG a mandaté le groupe de travail 1 de réfléchir sur différentes questions : « Quelle place pour les généralistes dans l’institution comme experts de la médecine générale ? C’est l’idée de créer un comité scientifique qui pourrait être sollicité par le CA et/ou l’équipe sur des questions de fond dont ils ont l’expertise. L’objectif de ce groupe serait de réfléchir à cette question, définir cette nouvelle instance, ses objectifs, son articulation dans l’organigramme, ses pouvoirs et ses limites, son fonctionnement. »

Le groupe s’est rapidement mis au travail. Réunissant des médecins d’horizons différents –travail en solo, travail en maison médicale au forfait, travail en duo et travail en maison médicale au pool et un membre de l’équipe, l’idée était que chacun puisse insuffler dans la réflexion son rapport au RAT, sa façon d’envisager le travail avec les patients. Nous avons décidé de nous réunir une fois par mois dès septembre. Nous avons pris le temps de planter le décor en juin. Rapidement, le groupe a tourné ses réflexions vers la visibilité du RAT. Comment nous montrer davantage, comment partager ce travail si riche qui nous permet de penser nos patients ? Comment faire comprendre que cette façon de travailler permet de nous ouvrir et de travailler autrement avec l’ensemble de nos patients ? Comment amener d’autres médecins au RAT ? Les réflexions portaient donc vers l’extérieur alors que pour l’équipe, les questions se posaient dans l’autre sens. Comment communiquer en dehors du travail clinique et des supervisions ? Comment articuler le travail clinique, la vie institutionnelle  et la réalité de la médecine générale? Le RAT est un réseau de médecins engagés. Le combat et les enjeux dans notre travail ne sont plus les mêmes qu’il y a quelques années. Dès lors, l’équipe représente la médecine générale. Comment le faire sans échanges par rapport à ce qui vous anime et vous touche ? Comment travailler avec nos membres et leurs besoins ? Nous savons que les médecins sont fortement sollicités mais nous ne pouvons faire sans eux, leur quotidien, leur clinique, leur expertise.

Si nous partons des niveaux de soin, le RAT apparaît de plus en clairement au niveau 1,5 en tant que structure qui vient en appui à la première ligne. Dans le contexte actuel, nous devons mettre ce travail en avant.

L’envie de partager notre travail et de le rendre plus visible a fait émerger l’idée d’un atelier d’écriture. Pourquoi ne pas écrire notre travail et le transmettre via la revue de la médecine générale ? Comment s’y prendre ? Nous avons rencontré une personne pouvant nous soutenir dans ce processus tant l’écriture nous semble un pari difficile. Comment se mettre à écrire ? Pourquoi cette clinique est-elle difficile à inscrire, à transmettre ? Que dire de ce travail si vaste et varié ? Nous avons déjà un point de départ, une vignette clinique écrite à quatre mains, celles d’un médecin et celles d’une AS. Voilà un canevas pour parler du travail en réseau. Notre idée serait de publier plusieurs vignettes cliniques sous forme d’épisodes sur le thème « il était une fois ». L’introduction serait une présentation du RAT. Viendraient ensuite nos vignettes cliniques pour illustrer le travail du RAT et une conclusion reprenant le moteur de notre travail, ce qui lie nos vignettes. L’idée des épisodes est d’accrocher le lecteur, de lui donner envie de nous lire et donc de découvrir nos histoires, notre travail. Quand tous les épisodes seront publiés, nous pourrons les réunir dans une brochure que nous pourrions présenter au colloque du RAT de 2017.

Les médecins du groupe avaient du mal à comprendre le besoin de l’équipe d’être davantage en contact avec leurs réalités, trouvant que le travail clinique en commun est largement établi et soutenant pour eux. Pourquoi davantage de réunions dans ce contexte très chargé professionnellement ? L’équipe pense que pour permettre à cette clinique que nous partageons ensemble de se déployer, il faut continuer à ouvrir nos contacts, nos réflexions et nos collaborations. Mais l’équipe seule ne peut porter ces choix. Ils sont à débattre et construire ensemble comme notre travail avec les patients.

Suite à toutes ces réflexions, nous avons imaginé un comité scientifique sous forme d’un comité éthique. Il donnerait son avis mais ce n’est pas lui qui soumettrait des idées et des projets. Il serait composé d’un noyau fixe de 4-5 médecins du RAT aux profils variés afin de représenter au maximum les membres. Il pourrait faire appel ponctuellement à des experts extérieurs en fonction des questions amenées. Un coordinateur médecin centraliserait les questions transmises par l’équipe. Ce comité se réunirait en fonction des demandes. Son objectif serait d’améliorer la visibilité, répondre aux questions de l’équipe et des membres sur le plan médical et éthique.

Notre processus groupal semble être le reflet de notre clinique. A partir d’une prescription, un travail se construit. Il prend différents détours, ne répond pas forcément à la prescription mais se déploie et permet une rencontre intersubjective. Pouvions-nous imaginer lorsque le groupe a été pensé que nous partirions vers l’idée d’une publication ? L’équipe avait la sensation que nous nous décalions du mandat de base. De leur côté, les médecins avaient l’impression d’être au cœur de la question. N’est-ce pas cette mise en tension entre deux façons d’envisager le travail qui nous permet de penser nos patients et de les percevoir autrement que comme des personnes dépendantes et donc de les inclure dans le circuit de soin de première ligne ? En quelque sorte, travailler notre visibilité serait le reflet du travail que nous défendons, accompagner les patients à être intégrés dans un circuit de soin de première ligne comme tout un chacun.

Les pistes de notre groupe sont encore à affiner. Nous devons continuer à travailler le cadre de chaque groupe avant de vous les présenter à notre prochaine AG. Cependant, l’appel à vos crayons est lancé. Nous avons besoin de situations cliniques qui peuvent aider à transmettre l’essence de notre travail à vos confrères.

Il est vrai que ça n’est pas un exercice facile mais il permet de s’arrêter sur nos patients et de prendre le temps de les penser.

Pour terminer, nous nous rendons compte que nous n’arrivons pas à trouver un nom à notre groupe de travail mais finalement, peut-être que le groupe UN est bien adéquat en sachant que nous travaillons l’unité au sein du RAT.

C’est à partir du UN que peut se créer la suite…

 

Par Frédérique Cox