L’Ayahuasca

Il y a quelques semaines, un patient me parlait d’un breuvage qui m’était jusqu’alors inconnu: l’ayahuasca. Depuis ce moment-là, ce nom a été porté à mes oreilles à plusieurs reprises, c’est pourquoi j’ai décidé d’en écrire quelques mots.

Selon Wikipedia, « L’ayahuasca, ou yagé, est un breuvage à base de lianes, consommé traditionnellement par les chamanes des tribus indiennes d’Amazonie. (…) Il est utilisé pour entrer en transe dans un but divinatoire ou comme outil thérapeutique et comme puissant outil de purification lors de rituels de guérison sacrés. »[1]

 » L’ingestion d’ayahuasca qui est purgatif et hallucinogène et entraîne une sorte d’ébriété avec des nausées et vomissements.(…) La prise de la plante se fait dans un cadre rituel, de préférence dirigé et contrôlé par un chamane. »[2]

Depuis une cinquantaine d’années, un tourisme lié à ces rituels s’est développé, dans une recherche d’expérience mystique et de compréhension du monde extérieur et intérieur par les personnes participant à ces rassemblements.

On trouve également des « groupes ayahuasca » en Europe, et notamment en Belgique.

J’ai rencontré une personne qui a régulièrement fréquenté ces groupes pendant plusieurs années.

Gilles a 31 ans, il vit à Bruxelles. Sa première consommation d’ayahuasca date de 2009. Durant un an et demi, il a renouvelé l’expérience toutes les trois semaines, puis a arrêté pendant un an ou deux. Depuis, il a participé au rituel d’ayahuasca deux fois avec deux groupes différents.

Gilles me raconte le déroulement des rassemblements, en faisant une différence entre les différents mouvements et chamanes : l’ayahuasca traditionnel, et le Santo Daime, qui est un hybride entre christianisme et ayahuasca traditionnel. Le groupe auquel il a principalement participé était organisé par une personne qui mélangeait les deux courants. Le chamane, ainsi que le groupe entier, consomme cette boisson, et entre en état de transe. L’organisateur est garant de la structure de la cérémonie, et doit connaître suffisamment le produit pour pouvoir contenir le groupe.

On se rend compte, à travers son récit, que ces « chamanes » venus en Europe peuvent gagner pas mal d’argent, ainsi que l’estime des participants à un point qui peut devenir extrême et donc dangereux. Ces nouvelles « idoles », alors peu préparées au succès qu’elles rencontrent, peuvent, à l’instar de certaines vedettes, révéler une fragilité parfois désastreuse.

Quelle est la composition chimique de cette préparation?

« On y retrouve généralement, par ordre décroissant suivant leurs proportions, les alcaloïdes suivants : l’harmine, la 1,2,3,4-tétrahydroharmine (THH), la N,N-diméthyltryptamine (DMT), l’harmaline, parfois l’harmol. »[3]

On n’a recensé à ce jour aucun décès lié à l’ingestion d’ayahuasca. La seule complication aigüe relatée dans une publication sérieuse concerne l’interaction entre le produit et certains inhibiteurs sélectifs de la recapture de sérotonine, prescrits comme antidépresseurs dans les pays occidentaux[4]. Il y a à ce moment-là un risque de syndrome sérotoninergique grave dont l’issue peut être fatale. Ceci surviendrait rarement.

Il est à noter également que l’ayahuasca n’entraîne pas d’addiction.

Cette substance ne peut donc pas être considérée comme toxique, si ce n’est que sa consommation pourrait, selon des sources peu documentées, provoquer des symptômes proches du trouble de stress post-traumatique[5], liés à l’expérience intérieure.

En conclusion, il semble que l’usage de cette substance se répande en Europe. Bien que ni des effets toxiques à long terme, ni une addiction au produit ne soient rapportés, il existe de mauvaises expériences de voyage sensoriel, ainsi que des interactions possibles avec certains médicaments.

 

Par Alexandra Al Haffar

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ayahuasca

[2] id.

[3] Frédérick Bois-Mariage, « Ayahuasca : une synthèse interdisciplinaire », Psychotropes, Vol. 8 2002/1

[4] Callaway J.-C. and Grob C.S., (1998), Ayahuasca preparations and serotonin reuptake inhibitors : a potential combination for severe adverse reactions, Journal of Psychoactive Drugs 30 (4), 367-369.

[5] Frédérick Bois-Mariage, op.cit.