FEDASIL et le R.A.T.

Par ces temps sombres, un projet sol(id)aire se met en place au R.A.T.: nous aurons besoin de vous!!!

Vers le mois d’avril 2017, nous recevons un message de FEDASIL :

Nous sommes à la recherche de partenaires qui pourraient nous aider dans le soutien de demandeurs d’asile avec une problématique de dépendance. Seriez-vous disposés à nous rencontrer à ce sujet ?

La rencontre aura lieu le 30 mai et d’emblée nous réalisons qu’il y a deux demandes différentes, l’une à laquelle il est « dans nos cordes » de répondre assez facilement: c’est une demande qui émane du Petit Château et qui concerne des demandeurs d’asile « consommateurs » qui ont une chance raisonnable de s’installer plus tard à Bruxelles. Tisser des liens ne sera pas trop compliqué et orienter certains de ces demandeurs en accord avec l’équipe du Petit Château vers des membres ou des proches du R.A.T. nous paraît « la routine »…

Cette collaboration-là est en cours d’installation et les contacts poursuivent leur chemin. Nous restons là dans le travail habituel d’orientation et de soutien que réalise notre équipe. Une supervision pourrait être envisagée au fil des besoins.

La seconde demande s’avère bien plus complexe et nous imposera plusieurs réunions et un temps de réflexion important.

« Les demandeurs d’asile sont dans un premier temps hébergés dans un centre à Neder over Heembeek (pré-accueil), avant d’être orientés vers un centre structurel en Belgique. Nous essayons dans la mesure du possible de planifier un rendez-vous avec un partenaire du réseau assuétudes de Bruxelles (comme la Mass) avant que le demandeur d’asile ne soit orienté vers un autre centre en Belgique. Cependant nous ne trouvons pas toujours suffisamment de possibilités de rendez-vous avant la désignation du nouveau centre. »  Et au décours de la discussion nous réalisons que sur place, dans les centres d’accueil éloignés,  les demandeurs d’asile ne savent pas toujours à qui s’adresser, que les centres locaux n’ont pas toujours de contacts avec des partenaires capables d’assurer les prises en charge… A y regarder de plus près, il semble qu’on se trouve souvent dans le  « dépannage » … et nous avons à quel point les membres du R.A.T. ne sont pas favorables au fait d’instaurer le dépannage comme fil d’un suivi….

Nous proposons d’en parler en AG, mais lors de l’AG le temps manquera pour aborder cette problématique et ce sera le CA qui s’en chargera à la fin du mois d’aout. Entretemps nous avons tenté d’orienter la demande vers le PMG Athéna, mais l’équipe a essuyé un refus.

Dès ce moment il semble évident qu’il est impensable qu’une équipe de soutien à la première ligne dans le domaine des addictions puisse refuser son aide à l’accueil et à l’insertion des réfugiés, à tout le moins au sein de la première ligne. La question reste cependant grande ouverte: quoi faire dans le contexte particulièrement difficile et marqué par une urgence de type social, mais aussi par de nombreux écueils à la rencontre (timing imprévisible, question linguistique, continuité des soins….),  et comment l’organiser.

Nous imaginons alors que le plus important serait de sortir du contexte de l’urgence: celle-ci n’est pas médicale, et n’a pas de sens médical. Mais elle est bien sociale… Comment en  sortir sinon en tablant alors sur l’instauration non pas d’une offre de  « dépannage », mais bien de l’offre d’un premier contact avec la première ligne « made in Belgium ».

Un premier contact avec un praticien de première ligne devra être suivi par d’autres contacts et il s’agira donc d’assurer une première rencontre et une orientation, en fonction du lieu où le demandeur sera envoyé, vers un collègue qui pourra alors prendre le relais en s’appuyant sur ce que le premier aura fait et sur le début d’anamnèse qu’il aura pu construire avec le demandeur.

Nous apprenons alors que FEDASIL finance des projets spécifiques de ce genre,  et que l’appel d’offre aura lieu en novembre.

Le 15 novembre nous apprenons que la veille l’appel a été ouvert… Et qu’il faut rentrer un projet pour le 10 décembre.

Nous nous sommes attelés avec enthousiasme, le CA et l’équipe au grand complet, pour construire un projet  (sur la base de ce qui est dit plus haut mais aussi des éléments de cadre de l’appel à projet), qui a été accepté (moyennant petit réajustement budgétaire en cours) le 22 décembre.

Nous avons donc clôturé avec joie 2017 pour entamer en 2018 une tâche qui nous tient fondamentalement à cœur: maintenir et soutenir, au sein de la première ligne de soin, une ouverture à toutes les difficultés de santé et à tous les groupes de population.

Je vous livre quelques-uns des éléments du projet (extraits du texte) :

Formulez brièvement le problème auquel le projet tend à répondre : 

Lors de l’accueil des demandeurs d’asile, un diagnostic d’usage problématique de drogues et/ou d’alcool, est parfois posé, ce qui peut porter à conséquence sur la bonne marche de la procédure d’accueil. Ce moment est cependant très court (24 à 48h)  et les demandeurs sont très rapidement envoyés au centre qui les accueillera.

Dans ce cadre, la non prise en charge de la dépendance aux produits peut amener le demandeur soit à interrompre brutalement la procédure, soit à être dans un état tel qu’il inquiète ou dérange le fonctionnement du dispatching et/ou l’équipe du centre d’accueil. La technique de « dépannage express » qui tend parfois à être utilisée dans les conditions actuelles est très contre-productive.  Sans aucune certitude quant à la suite du suivi dont pourrait bénéficier le demandeur, les médecins ont tendance à minimiser la prescription tant dans le dosage que dans le temps. Ceci amène les demandeurs et les équipes d’accueil à chercher très vite de quoi soulager le problème sans pouvoir trouver le temps de mettre en place un accompagnement des difficultés sous-jacentes liées à la consommation du demandeur.

Expliquez comment le projet vise à répondre à ce problème :

Le projet vise à pallier cette difficulté en

  • En organisant une réponse médico-sociale intégrative à l’urgence rencontrée au dispatching par les équipes lors de la rencontre avec un demandeur qui présente des signes manifestes d’usage problématique de drogues ou d’alcool.
  • soutenant les équipes d’accueil au dispatching et dans les centres,  afin qu’elles puissent mieux entendre et « supporter » les demandeurs « addicts ».
  • construisant un réseau de ressources médicales autour des différents centres, afin que les médecins qui rencontreront les demandeurs  lors de l’accueil/dispaching à Bruxelles puissent les référer dans des conditions déontologiques de continuité des soins à leurs collègues proches du centre d’accueil.

De cette manière, le projet tend à construire des conditions pour que la problématique des demandeurs d’asile dépendants puisse être réellement prise en charge.

Résumez brièvement le contenu du projet :

Il s’agit de répondre au plan médico psychologique à la problématique soulevée par l’arrivée de demandeurs d’asile usagers de drogues (et/ou d’alcool) et qui dans un délai très rapide doivent être orientés vers un  centre d’accueil à Bruxelles ou en Wallonie.

Pour ce faire:

  1. Organiser une rencontre rapide (dans un délai de 24h) avec un médecin habilité à Bruxelles afin de mettre au point un traitement de soutien qui permettra au demandeur d’arriver au centre d’accueil qui lui sera désigné dans un état de confort suffisant pour effectuer la procédure d’accueil.

Au cours de cette première rencontre avec le réseau de soin (parfois grâce aux services d’un traducteur),  une feuille de route claire et précise (voir descriptif plus loin) sera délivrée au demandeur. Cette feuille contribuera à la faciliter la communication entre les intervenants qui seront sollicités pour assumer la poursuite du traitement.

  1. Organiser la formation et le soutien des équipes des centres à l’accueil et à la gestion des difficultés liées au fait qu’un demandeur serait usager de drogue.
  2. Localement contribuer avec les équipes à tisser un réseau avec des médecins ou des structures (Maisons médicales/réseaux locaux) qui peuvent accueillir le suivi du patient dans la continuité de la prestation effectuée au départ par le premier médecin accueillant.

Précisez la délimitation géographique du projet :

 

Bruxelles et la partie francophone du pays.

Il s’agira de chercher, contacter et structurer – via par exemple un travail de formation et de soutien,  autour de chacun des centres francophones – quelques médecins installés dans la région ou une maison médicale proche, et de les mettre en relation avec les centres d’accueil afin que les équipes soient en lien avec les possibilités d’accueil locales, spécifiques aux usagers de drogues qui arrivent dans leur centre.

Décrivez l’aspect innovateur du projet :

 

  1. Sur le plan médical, aspect intégratif de la réponse donnée plutôt que réponse dans l’urgence.

 

  1. Mettre à la disposition des demandeurs d’asile et des équipes qui les accueillent une pratique de soutien qui a fait ses preuves en matière d’accueil des usagers problématiques d’alcool ou de drogues, au sein de pratiques « tout venant » dans la première ligne.

 

  1. Tisser des liens entre les intervenants de première ligne et les équipes d’accueil aux demandeurs, au-delà de l’abord loco régional.

 

  1. Explorer au plan qualitatif et quantitatif la nature et l’ampleur de la problématique d’addiction parmi les demandeurs d’asile et la qualité des réponses amenées par ce projet, afin de documenter la réflexion en profondeur.

 

A ce stade, il est possible que certaines parties du projet doivent être abandonnées, en particulier celles qui concernent plus précisément une activité de recherche,  à cause de restrictions budgétaires, mais globalement nous espérons bien tous ensemble avec les membres et les MG proches du R.A.T., inscrire concrètement le R.A.T. dans la mise en place d’une politique d’accueil digne de ce nom.

Nous en reparlerons…

 

Par Claire Remy